• Catherine Jubert

Lettre à un-e jeune (ou moins jeune) art-thérapeute

Mis à jour : juil. 18

Cher-e futur-e art-thérapeute


J’écris à toi qui rêves de devenir art-thérapeute, jeune ou moins jeune. Souvent même, tu as déjà pas mal bourlingué dans le monde du travail et tu envisages de changer de carrière.

Et un jour, tu te dis « Tiens si je devenais art-thérapeute !? »

Rassure-toi, moi aussi, je suis passée par là. Une envie de changement, quelques dispositions artistiques, un intérêt pour l’humain, le désir de donner un nouveau sens à ta vie, un événement déclencheur… Et hop, tu te retrouves sur Internet pour chercher des réponses à tes questions. Quelle formation choisir ? Faut-il être artiste ? Est-ce qu’il y a des débouchés ? Faut-il avoir un bagage en psycho ? Et j’en passe…

Et là, c’est le maquis. Tu te rends compte qu’il existe une multitude de formations (privées, universitaires proposant des masters ou des DU, en présentiel, à distance, les deux à la fois, en ligne et même en promotion sur Groupon !). Une poule n’y retrouverait pas son poussin. Alors, tu te rends sur les forums pour essayer de comprendre les différences entre toutes ces formations. Tu y verras tout, son contraire et parfois du grand n’importe quoi. Tu t’aperçois que chacune défend SA vision de l’art-thérapie dans une sorte de querelle des anciens et des modernes, le tout avec parfois une certaine intransigeance voire un dogmatisme certain. Il ne faut pas croire, les disciplines dites humanistes ont aussi leurs Ayatollahs. Tu vois, là, je me suis interrogée 107 ans pour savoir si le tiret entre art et thérapeute n’allait pas déclencher une querelle homérique. D’autant que tu t’en apercevras vite (ou pas, si tu y es déjà inféodé) qu’il existe des gourous dans ce domaine… Je caricature à peine même si j’en vois certains qui se dressent sur leurs ergots (ego). A ce stade de ta lecture, tu te demandes si je suis lacanienne. Raté, j’aime juste jouer avec les mots.

Tu es perdu, tu doutes, tu continues à aller sur Internet. Et c’est là qu’aux cours de tes recherches, tu tombes sur moi (ou sur quelqu’un d’autre), un professionnel qui a sauté le pas et qui exerce. Tu trouves que mon site est sympa et inspirant (je dis ça, parce que je me suis déjà fait piller par des « collègues » indélicats) et tu m’écris pour me demander des conseils sur la profession. Parfois aussi, tu as déjà choisi ta formation et tu demandes à faire un stage dans ma structure.

Alors je te réponds, je t’écris, te parle au téléphone ou te reçois à mon cabinet. Aujourd’hui, pour faire simple j’ai décidé de rédiger un message groupé. Tu veux des réponses pour te déterminer dans ton choix : se lancer ou pas ? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Parce qu’au fond, tu as peur que ton rêve (j’hésite à écrire ton « fantasme ») s’écroule face aux zones d’ombres que tu pressens du métier.

En général, lors de cet entretien, je te confronte à ta motivation réelle et à ton désir. Je ne te cache rien. Je t’explique ce que l’on ne te dit pas de la réalité du métier dans les formations. Rares sont celles, qui, pragmatiques, proposent un module d’installation dans le métier par exemple.

Pourquoi est-ce que l’on ne parle pas de rémunération, débouchés réels, formalités administratives, communication… ? Réfléchis un peu. Tous ces organismes ne vont pas se tirer une balle dans le pied en te disant qu’en réalité, il n’y a pas de travail pour tout le monde en art-thérapie, même si celle-ci a le vent en poupe dans la société.

Bon, je t’explique et je te brosse le tableau. Je vais te dire clairement ce qu’on murmure du bout lèvres sur les réseaux sociaux.

- Dans ce métier, sache que tu ne seras pas le seul à l’exercer. Aujourd’hui dans la mouvance bien-être, développement personnel et tutti quanti, tout le monde veut devenir art-thérapeute. Parfois, je marche dans la rue, je rencontre une connaissance, je lui parle de mon métier. Et il se trouve toujours un moment où cette personne en connait une autre qui voudrait devenir art-thérapeute et qui aimerait en parler avec moi ! Tiens donc…

- Si comme la majorité, tu choisis la médiation arts-plastiques, tu vas avoir beaucoup de concurrences (je te rappelle que le marché est encore étroit). Un petit conseil au passage : démarque-toi, développe tes spécificités. Bref, ne fais pas comme tout le monde. Crée ton métier !

- Si tu choisis de travailler en Institutions, sache que les postes à temps plein sont rares et sous-payés. Parfois, tu vas devoir cumuler plusieurs postes pour joindre les deux bouts (mais on n’est pas là pour gagner de l’argent, on vaut mieux que ça, hein ?). Si avant, tu gagnais bien ta vie, tu vas devoir diviser ton salaire par…beaucoup.


- Si comme moi, tu choisis de travailler en libéral, il te faudra :

1- Choisir un statut. Ce n’est pas le plus compliqué, mais sache que si tu es micro-entrepreneur par exemple, tu paieras environ 24% de charges sur le peu que tu as peiné à gagner.

2- Trouver un lieu pour travailler (louer ? acheter ? partager ? s’associer ?) et l’équiper évidemment, prendre des assurances…

3- Bien choisir ce lieu après une petite étude de marché. Et oui, si tu décides de t’installer dans ta maison de famille située sur le plateau du Larzac, c’est un peu compromis au niveau clientèle vu le nombre d’habitants au km2. A moins que tu décides de te spécialiser dans l’artovido-thérapie (ça n’existe pas, mais tu peux inventer cette médiation : art-thérapie pour ovins et autres caprins…). Tu es art-thérapeute, tu es donc quelqu’un d’inventif, que diable ! A l'heure actuelle, si tu ajoutes le mot thérapeute au bout de n'importe quel mot, ça marche !

4- En ce qui concerne l’étude de marché, tu peux demander à ton ou ta chéri-e de la faire pour toi.

5- Avoir un ou une chéri-e justement, pour assurer financièrement pendant tes 2 ou 3 premières années de vaches maigres. C’est le temps qu’il te faudra compter pour sortir un peu la tête hors de l’eau à moins que... le Covid ne l'enfonce à nouveau avec ses petites mains sournoises.

6- Mais pour sortir la tête hors de l’eau, il te faudra aussi te sortir les doigts d’ailleurs et te faire connaître. Et pour te faire connaitre, il faut impérativement COMMUNIQUER !

7- Découvrir de nouvelles professions auxquelles tu n’étais pas préparé. Si tu veux créer un site clair, joli, sympa et lisible, en un clin d’œil, tu deviendras : manager, webmaster, community manager, graphiste, photographe, vidéaste, comptable… Sans compter que tu devras apprendre à utiliser tous les logiciels et applications qui vont avec.

8- Générer du contenu, publier des articles et comprendre que tout est lié dans ce système interconnecté.

9- Maîtriser sur le bout des doigts les incarnes de la communication sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram…et faire de la pub à en gaver les internautes. Bref, tu devras apprendre à te vendre ! (Beurk ! Quel vilain mot). Mais comme tu es quelqu’un de créatif, je te fais confiance.

10-Comprendre les mécanismes du référencement sur Google et ses obscurs algorithmes qui vont faire de toi un dieu ou une déesse et te propulser comme une fusée tout en haut des moteurs de recherche. Ça c’est le Saint Graal !

11- Gérer ton carnet de rendez-vous. Au début, ce ne sera pas trop compliqué. Avec un seul par semaine, tu devrais y arriver. Et, en plus tu ne seras même pas obligé d’avoir un carnet… Par contre s’inscrire sur un site de référencement et de prise de rendez-vous peut s’avérer utile.

12- Diversifier tes activités, développer des partenariats, démarcher des associations, entreprises et institutions, répondre à des appels d’offres, rédiger des propositions, t’adapter aux besoins de chacun… C’est toi le boss !

13- Ne pas pleurer. Un jour tes ateliers se rempliront. Pour ce jour-là, tu auras préparé une séance aux petits oignons. Tu auras lu une dizaine de bouquins, tu auras passé des heures à la monter minutieusement, ta communication (que tu as un peu boostée en la payant) est percutante et inspirante. Tu n’en reviens pas, 5 inscriptions d’un seul coup ! A ce rythme-là, penses-tu, tu vas pouvoir t’acheter un grand carnet de rendez-vous. Le jour J arrive. Tu fais le tour de table et là tu découvres que les participantes sont toutes … art-thérapeutes venues par l’odeur alléchée de la proposition inspirante au tarif atelier et non formation. Ne pleure pas, c’est plutôt flatteur, non ?


Et je ne te parle pas des impondérables comme les grèves ou la crise du Covid qui mettent en évidence l'extrême fragilité économique des métiers humanistes...


Après tout ça et avoir ravalé tes larmes, tu pourras exercer ton métier auprès de tes patients, participants ou clients (je ne sais pas comment tu les appelles.)

Aujourd’hui, je ne t’ai parlé que des à-côtés du métier parce que bien évidemment et heureusement, ce que n’est pas que cela…mais un peu tout de même.

C’est un métier riche, prenant, varié et exigeant. Mais de tout cela, je t’en reparlerai une autre fois.

Souviens-toi, c’est à toi de créer l’art-thérapeute que tu es. Crée ton métier !


Confraternellement.




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