• Catherine Jubert

Lettre à mon corps

Chaque jour, dans les médias, nous sommes assaillis par des milliers d’images dont nous subissons les injonctions à être toujours plus beaux, plus minces, plus sains, plus performants, bref plus conformes à une norme sociétale et culturelle. Des stéréotypes qui sont autant de mirages impossibles à atteindre pour le commun des mortels, ou aux prix d’efforts épuisants. Face au flux incessant de clichés, l’individu qui se compare, ne se trouve jamais assez bien et se focalise sur les côtés négatifs de son corps, ses imperfections supposées. Alors, parfois il le méprise, le maltraite, le nie, le renie jusqu’à l’oubli de soi, jusqu’à oublier cet unique corps qu’il a pour la vie et qui le supporte.

C’est pourquoi, il est salutaire de prendre un temps de recul, de regarder bien en face ce corps dans les yeux et d’avoir un peu de gratitude pour lui.

C’est ce qu’ont fait les participantes à un atelier d’art-thérapie intitulé « Ceci est mon corps » qui visait à déconstruire les stéréotypes liés au corps des femmes par le photolangage et l’écriture. Elles étaient ensuite invitées à un travail de reconstruction et de réappropriation de l’image de soi par la photographie et l’écriture. Il s’agissait d’écrire une lettre ouverte à son corps, de lui parler vrai et vraiment en le remerciant et en lui rendant hommage.

Voici une des lettres écrite par une des participantes :

« Salut Toi !

Toi que je déteste profondément, que je n’ai jamais aimé, parce qu’hier trop maigre, trop malade, parce qu’aujourd’hui trop gros à force de stress !

Les standards me font te détester parce que je ne fais pas ce 38, si élégant. J’ai beau te parer de couleurs, de bijoux, d’accessoires, rien n’y fait. Tu te rends compte que nous n’avons même pas de miroir pour nous admirer ! Je dis soudainement NOUS, car je suis aux prises avec toi, pour toute la vie, liés nous sommes à la vie à la mort.

Pourtant, je dois reconnaître que tu es formidable, fort et bien vaillant… Formidable, parce qu’avec tout ce que je t’inflige, tu parviens à rester debout, à me supporter et là, chapeau ! Fort, parce que tu as traversé la maladie avec tant de souffrances et au risque de trépas, parce que tu malgré l’adversité, tu continues à m’accompagner. Vaillant, car avec tout ce stress que je te fais subir, tu encaisses, sans mots dire, jusqu’à l’épuisement, jusqu’au moment où tu sais me dire : « STOP ! »

Alors, malgré tout, MERCI ! J’ai vécu le pire et le meilleur à la fois. Nous avons fait le tour du monde, nous nous sommes émerveillés. Nous sommes tombés, puis nous nous sommes relevés. Aujourd’hui, grâce à cette lettre, je prends conscience de ton importance, sans Toi, il n’y a pas Moi !

Alors, je vais essayer, dans un premier temps, de t’honorer, cela risque de se faire maladroitement, car je ne sais pas le faire. Je vais essayer de mieux te traiter parce que je réalise que si je veux accomplir mon rêve, je ne peux le faire sans Toi et je veux réaliser mon rêve… Alors, je vais acheter cette paire de baskets si souvent évoquée et Nous allons aller marcher, dans un premier temps, puis courir, pourquoi pas ?!

Je voudrais que tu me pardonnes tout le mal que je t’ai fait et te demander ton aide si je faillis à la tâche. Après tout, Nous formons une équipe non ?!

Il nous reste quelques longues années à parcourir, autant le faire dans de bonnes conditions ! Tu es d’accord ? Si oui, tope là !

Merci (tout simplement) Je ne peux pas encore te dire « je t’aime », mais j’y songe, un jour… »


A. L.



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Photographies © Catherine Jubert

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